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La vie et le théâtre chez Mister Green

Dernière mise à jour : 15 janv. 2023

Le 27 décembre 2022
Le Théâtre de guerre de Sarajevo (Sarajevski ratni teatar, SARTR)
Visites à Mister Green de Jeff Baron
Mise en scène : Miki Trifunov, Alban Ukaj et Nejra Babić
Avec : Miki Trifunov, Alban Ukaj et Nejra Babić

Visites à Mister Green est la première et l’une des plus connues pièces de théâtre du dramaturge américain Jeff Baron écrite en 1996. Représentée dans un grand nombre de pays du monde, la pièce est nommée pour ACE award (Buenos Aires), le Molière (Paris) et Drama League Award (New York).

Jeff Baron raconte l’histoire de deux hommes : Mister Green, un vieux bonhomme à la retraite qui vit en reclus dans son appartement, et Ross Gardiner, jeune cadre chez American Express à l'âge de 29 ans. Suite à un accident de voiture causé par Ross qui renverse Mr. Green, le jeune homme est condamné à le visiter une fois par semaine pendant 6 mois. Et la pièce s’ouvre sur la première visite.

Le choix de mettre en scène à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) ce texte de Jeff Baron n’est pas fortuit. La pièce met en cause la discrimination, les interdictions, les croyances religieuses et les préjugés, et brise le silence qui entoure les sujets tabous encore présents dans ce petit pays des Balkans.
Miki Trifunov (Mr. Green) et Alban Ukaj (Ross Gardiner) qui ont marqué la scène contemporaine régionale, démontrent parfaitement leurs compétences techniques et leur savoir-faire en incarnant les personnages principaux. Le théâtre pour eux n’est pas seulement l’art, mais aussi la vie. Dans cette optique ils accueillent aussi le public. Dans la demi-obscurité de la scène, ils attendent que les spectateurs prennent leurs places. Une fois tout le monde assis, Trifunov et Ukaj annoncent le début du spectacle et allument la lumière qui vient de deux lampes vintage. Toute la scénographie est imaginée dans ce style. On voit le salon de Mr. Green avec deux fauteuils, plein de vieux livres et de vaisselle ancienne, un gramophone, une robe accrochée au mur qui appartient probablement à la défunte femme de Mr. Green.

La première visite de Ross à Mr. Green se déroule sans succès, car Mr. Green n’a besoin de rien ni de personne. Mais le jeune homme continue de venir. L’apparition et la disparition de la lumière servent à annoncer les semaines qui passent. Leurs rencontres semblent être toujours les mêmes et les conversations semblent être menées toujours dans la même direction : pourquoi Mr. Green n’a pas de téléphone, pourquoi il n’ouvre jamais les lettres reçues, pourquoi il est resté seul ?

La simplicité de la mise en scène évoque aussi l’idée d’uniformité. Les acteurs ne quittent jamais la scène, il n’y a pas de sorties et d’entrées, tout l’action a lieu dans un petit espace du salon de Mr. Green. Cette simplicité par contre cache la complicité de leurs discours qui se révèle à partir du deuxième acte. Encore une fois, ce sont les acteurs qui annoncent le début de la deuxième partie du spectacle. Il faut mentionner aussi la présence du souffleur (Nejra Babić) qui prononce les didascalies et certaines répliques lors de la représentation pour combler le trou de mémoire de Miki Trifunov, acteur à l’âge de 75 ans. Et encore une fois, la vie devient le théâtre et le théâtre devient la vie.

Le deuxième acte dévoile la thématique centrale de la pièce : la homosexualité de Ross, les convictions religieuses sévères de Mr. Green et la dispute avec sa fille. Au début du spectacle, on voit deux cadres d’image qui sont suspendus en l’air en face du public. À la fin du spectacle, deux photos sont encadrées : l’une de la femme de Mr. Green et l’autre de sa fille et de ses enfants. Mr. Green et Ross les observent en attendant les nouveaux invités.

Aida Copra



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