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RE-PRÉSENTER LA SCÈNE : « TRAVERSÉE DES FRONTIÈRES » dans le Théâtre ambulant Šopalović

Dernière mise à jour : 7 nov. 2023

PAR Aida ČOPRA
Sorbonne Université, docteure
in Revue des études slaves, XCIV/3, 2023, p. 389-399.

I. « VAUT MIEUX ALLER DANS LA RUE » LE RAPPORT ACTEUR / SPECTATEUR À PARTIR DE LA FIN DES ANNÉES 1960
Le théâtre du XXe siècle, ce fut la recherche d’une possibilité : la possibilité que le théâtre ait un sens. La recherche de moyens d’échapper à une culture faite de réponses pour s’emparer d’une culture faite de questions. La nécessité de connaître les blessures que la vie de la société contemporaine inflige à chaque individu, de les reconnaître, de ne pas les cacher, de ne pas les dissi- muler : de les reconnaître et de les utiliser comme une force.

Au cours du XXe siècle et surtout à partir des années 1960, le théâtre occidental est caractérisé par la recherche d’un théâtre critique et politique qui se base sur de nouvelles manières de s’adresser au public. C’est une période révolutionnaire marquée par de forts changements politiques, sociaux et éco- nomiques connus dans le monde entier : mai 68, la lutte ouvrière contre le système productif, les révoltes étudiantes, la naissance des extrêmes gauches, la lutte contre le conformisme, les mouvements féministes, etc. Tous ces évé- nements mènent à la codification de nouvelles valeurs non seulement politiques et sociales, mais aussi artistiques. La production théâtrale se développe à l’intérieur de ces mouvements et le théâtre devient un instrument pour analyser et critiquer la réalité quotidienne et promouvoir les nouvelles valeurs comme l’antiautoritarisme, les droits de l’homme et la dignité humaine. Le théâtre devient communautaire, il néglige la division des rapports acteur-spectateur, et sort dans les rues pour parler directement aux gens en dehors du contexte théâtral établi. C’est surtout après la conception du théâtre épique de Brecht que le théâtre assume un rôle politique fort et favorise l’implication du spectateur, ou mieux, de tous les types possibles de spectateurs, dans une action scénique. « Ce que Brecht m’a enseigné (parmi tant d’autres choses) et qu’il continue à m’enseigner », dit Giorgio Strehler,

c’est un « théâtre humain » riche, entièrement « théâtre » (celui de Jouvet d’une certaine façon), mais qui n’est pas une fin en soi, qui n’est pas seulement théâtre. Un théâtre fait pour les hommes pour les « divertir », mais aussi pour les aider à se transformer et à transformer ce monde en un monde meilleur, en un monde pour l’homme. Être acteur et homme de théâtre, mais exister aussi en tant qu’individu conscient et responsable. La possibilité de vivre, en les intégrant, ces deux plans humains, en même temps et avec la même intensité. Non pas un théâtre hors de l’histoire, hors du temps, non pas le théâtre éternel de toujours, non pas l’histoire contre le théâtre, mais histoire et théâtre, monde et vie en même temps, en rapport dialectique continu, difficile, parfois douloureux mais toujours actif, toujours attentif au devenir général.

Il faut donc rendre le théâtre plus accessible afin de pouvoir accomplir la responsabilité sociale, faire participer le public au « rituel » théâtral en rompant avec l’idée selon laquelle le théâtre est la réalité séparée de la vie. Ce sont les principes de la transformation intégrale du théâtre déterminés par Brecht :

On devra naturellement abandonner la notion de quatrième mur, ce mur fictif qui sépare la scène de la salle et crée l’illusion que le processus représenté se déroule dans la réalité, hors de la présence du public.

Quand Paolo Puppa, dans son article « L’acteur et la rue », questionne le rôle du théâtre à l’intérieur des nouvelles conditions sociales, il retient que « le plateau n’est plus nécessaire. Vaut mieux aller sur les places, dans la rue ». Alfred Simon, dans son article « Théâtre et désastre : qui croit encore au théâtre populaire ? », publié en 1970, afin de situer le théâtre de cette période, parle du choc théâtral des années 1960 et affirme que « l’industrie capitaliste du spectacle détruit le théâtre comme art ». Il précise qu’

à partir du point de rupture atteint en Europe par le théâtre de l’absurde, la dramaturgie brechtienne et la redécouverte d’Artaud, [...] le nouveau théâtre se découvre à lui-même et aux autres, dans un effort intensif pour se libérer des structures anciennes, des circuits commerciaux et de la tradition occidentale.

Poursuivez votre lecture en accédant à l'intégralité de l'article en cliquant ici :
A. Čopra RES 94-4 2023
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Et découvrez ma mise en scène de la pièce (2022) avec les étudiants de L’UFR d’Etudes Slaves, Sorbonne Université
Festival de théâtre universitaire " Sorbonne en scène " Atelier de théâtre de L’UFR d’Etudes Slaves (BCMS)
LE THEÂTRE AMBULANT CHOPALOVITCH de Ljubomir Simovic : https://www.youtube.com/watch?v=mtl1fgEzWnU&t=941s




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