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Walt, la folie Disney : un seul-en-scène en multitudes


Comment raconter autrement une histoire que tout le monde croit connaître ? Avec Walt, la folie Disney, présenté au Théâtre du Lucernaire, Clément Vieu livre un seul-en-scène sensible et intense sur la création, la folie et l’univers de Walt Disney.


Le 19 décembre
Théâtre Le Lucernaire

Walt, La Folie Disney

De : Fanny Dupin et Damien Maric
Mise en scène : Victoire Berger-Perrin
Avec : Clément Vieu
Scénographie : Juliette Azzopardi et Jean-Benoît Thibaud
Chorégraphie : Jean-Claude Gallotta
Création sonore et musique originale : Eric Capone
Vidéo : Nathalie Cabrol Lumières : Denis Schlepp
Costumes : Fleur DemeryVidéo : Nathalie Cabrol
Production : Ki M’aime Me Suive
Coproduction : Olea Compagnie Méditerranéenne
Partenaire : Adami
Soutiens : l’Espace Carpeaux/Centre événementiel et culturel – Courbevoie et le théatre Donald Cardwell – Draveil
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J’ai eu l’occasion de voir Clément Vieu sur scène à plusieurs reprises, dans des spectacles de styles et de registres très différents. À chaque fois, il a su porter son personnage avec justesse, et sa présence scénique apportait toujours une énergie supplémentaire au spectacle.

Je choisis de commencer cette critique de Walt, la folie Disney de Fanny Dupin et Damien Maric, mis en scène par Victoire Berger-Perrin, en parlant de l’acteur qui incarne l’unique – et principal – personnage sur scène. Clément Vieu est seul face au public, et le seul-en-scène représente un travail particulièrement exigeant. Il demande une rigueur et des capacités supplémentaires si l’on veut qu’il soit pleinement réussi : il ne s’agit pas seulement d’interpréter un personnage, mais de faire émerger tout un univers qui lui appartient, de le rendre vivant, multiple, incarné.

Peut-être pour ceux qui connaissent la poésie de Walt Whitman – et quelle coïncidence que l’on retrouve ici le même prénom – ou pour ceux qui ont vu récemment le film Life of Chuck, une phrase permet d’exprimer avec une grande justesse ce que signifie jouer seul en scène : « Je suis vaste, je contiens des multitudes. »

Le défi de Clément Vieu n’était pas seulement d’être un corps unique sur le plateau tout en faisant exister une pluralité de voix, de tensions, de contradictions et de mondes intérieurs, mais aussi de représenter un univers de création. Autrement dit, un état particulier qui engage à la fois le réel et un imaginaire sans limites, un imaginaire qui, à son tour, engendre une multiplicité de formes, de figures et de possibles.

Dans la petite salle du Théâtre du Lucernaire, le spectateur découvre sur scène une table de bureau, sur laquelle repose un grand livre épais, dont la présence semble déjà nous ramener dans un univers de contes et de fées. La scénographie est volontairement simple et épurée. En fond de scène, un rideau composé de fins fils sert de support à un subtil jeu d’ombres et de lumières, accompagnant les différentes étapes du spectacle.

La pièce débute par la lecture des premiers mots de l’histoire de Blanche-Neige et les Sept Nains, un récit avec lequel presque tous les enfants ont grandi, une histoire que l’on croit connaître. Pourtant, ce que la pièce révèle, c’est une autre facette de ce mythe : un autre imaginaire, plus intime et plus sombre, qui se déploie progressivement sous nos yeux et dont le résultat final deviendra le plus grand film animé de Walt Disney.

Comme le titre Walt, la folie Disney l’indique, un état est mis en avant : celui de la folie. Une folie que l’on associe souvent au processus de création artistique, que la pièce retrace dans un ordre chronologique. Sur le grand écran s’affichent les années durant lesquelles Disney travaille à la réalisation du premier long métrage d’animation sonore et en couleur de l’histoire du cinéma. De la première année, en 1934, jusqu’à sa sortie en salles en 1937, chaque étape est marquée par l’évolution du temps et du projet. À côté de chaque année qui s’écoule apparaît également le budget engagé, comme un autre signe de cette « folie » créatrice : la presse de l’époque considérait en effet qu’un film d’animation de cette ampleur ne pourrait jamais rencontrer un large public.

« Pour chaque éclat de rire, il me faut une larme », prononce à un moment le personnage. Cette phrase résume avec justesse le travail de Walt Disney sur ses personnages. Il ne s’agissait pas seulement de dessiner, mais de trouver une vérité psychologique pour chacun d’eux, afin que les figures animées paraissent vivantes et profondément humaines. Disney s’inspire également de grandes œuvres du théâtre, notamment de Macbeth de William Shakespeare, puisant dans la tragédie une intensité dramatique. Le texte de Fanny Dupin et Damien Maric encadre ainsi avec beaucoup d’intelligence les réflexions d’un génie créateur et la simplicité apparente d’un conte pour enfants, donnant voix à cette multitude d’univers qui habitent l’esprit d’un seul personnage.

De l’autre côté, la mise en scène de Victoire Berger-Perrin laisse à Clément Vieu tout l’espace nécessaire pour imposer son jeu. Le moment le plus remarquable du spectacle survient dans les derniers moments, lorsque, par une pure mimique, l’acteur raconte avec son seul corps l’intégralité de l’histoire de Blanche-Neige et les Sept Nains. Sans mots, sans accessoires supplémentaires, il parvient à faire surgir un récit que chacun croit déjà connaître…

Aida Copra


© Fabienne Rappeneau

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