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Pourquoi les vieux… In Itinere Collectif

Le 12 juillet
Festival d’Avignon Off
Présence Pasteur

Pourquoi les vieux, qui n’ont rien à faire, traversent-ils au feu rouge ?
Mise en scène : Thylda Barès
In Itinere Collectif
Avec : Andrea Boeryd, Victor Barrere, Paul Colom, Julia Free, Olmo Hidalgo, Ruthy Scetbon
Création 2019
Le spectacle à reçu en 2021 un Prix du Public au Festival Mimos de Périgueux

Pourquoi les vieux, qui n’ont rien à faire, traversent-ils au feu rouge ? parle d’une histoire drôle et touchante. C’est une description très simple en prenant en compte la virtuosité de ces jeunes acteurs qui jouent, sous les masques, les personnages âgés. Par contre, elle n’est pas banale si l’on connaît les risques d’un tel jeu qui implique la notion de grotesque indispensable pour que les personnages ne soient pas représentés en tant que figures figées de vieillesse, pathétiques et caricaturées.

La notion de grotesque, selon le grand théoricien et metteur en scène-pédagogue russe, Vsevolod Meyerhold, repose sur une « double nature », c’est-à-dire sur « la coexistence des éléments opposés » qui peut être « intériorisée dans le jeu d’un seul type scénique capable de mêler la bouffonnerie et l’humeur noire, le rire et le pleur ». Ce que l’on voit sur scène, ce n’est pas purement l’allure d’un vieux incurvé, mais on observe une présence scénique qui transmet l’idée du vieux à travers des postures déséquilibrées, des pas artificiellement dilatés et surtout une tension particulière du torse. Jouer les personnages âgés de cette manière signifie connaître leur vraie nature. Et les acteurs de In Itinere Collectif, d’ailleurs tous issus de l’École International de théâtre Jacques Lecoq, savent bien la ramener sur scène.

Un matin, au sein d'une résidence pour personnes âgées, un vieil homme meurt tandis qu'un nouvel arrivant fait son entrée. La vie suit son cours, rythmée par des parties de cartes animées, des exercices sportifs et des séances d'ateliers de mémoire… L’intention de In Itinere Collectif n’est pas de faire un spectacle sur, ou pour, « les vieux », mais sur le fait de vieillir. Cette idée est donc particulièrement exprimée à travers le travail sur le corps, qui est l’une des plus grandes forces de ce spectacle. Leur expérience personnelle au sein des établissements d'hébergement pour personnes âgées (EHPAD) renforce encore davantage l’objectif de parler de sujets graves évoquant la mort, qui devient cependant une manière d’aborder la vie. Comme l’affirme Pippo Delbono : « le théâtre est une expérience de vie qui parle constamment de la mort, le théâtre est une lutte contre la mort. Il faut partir de la mort pour aller vers la vie ».

Un autre élément très important est l’utilisation des masques. Il s’agit de demi-masques de couleur cendre, fabriqués par Lucien Cassou, dont les traits suggèrent les caractéristiques des personnages. Il est important de préciser que tous les personnages âgés sont masqués, tandis que les personnages du personnel ne portent pas de masque, ce qui les oppose non seulement sur le plan dramaturgique, mais aussi sur le plan scénique.

De l’autre côté, si l’on se réfère à la réflexion de Lecoq, « de même qu’il est impossible de bouger sous un masque comme dans la vie, on ne peut pas dire un texte sous un demi-masque sans qu’il soit essentialisé ». Le texte lui-même est masqué et il est également accompagné du jeu onomatopéique du discours. Les scènes où M. Gaston (Paul Colom) parle au téléphone avec sa fille nous offrent un merveilleux exemple de la cohésion entre le masque, le corps et les sonorités particulières.
Pendant tout le spectacle, l’emploi du masque structure le jeu. Le masque est un objet, pour ainsi dire « mort », mais qui devient un objet fictionnel illustrant un propos ou une imagination. Il renferme une histoire qui le corps raconte et ouvre la voie métaphorique pour reprendre une image de Guy Freixe celle où l'acteur exprime par des gestes corporels ce qui le touche intérieurement, comme s'il révélait les manifestations visibles de son état émotionnel. C’est précisément cela qui attire notre attention de manière immédiate et énergique. Nous assistons à une représentation qui parle des vieux et de la mort, tout en reproduisant la plénitude de la vie. Ce que le spectateur voit, c’est quelque chose de vif qui laisse des traces.

La « force comique » des acteurs de In Itinere Collectif fait revivre les personnages âgés qui deviennent, dans notre imaginaire, des figures dotées d’une vraie nature. Les acteurs transcendent les barrières du temps pour donner vie à des êtres qui nous font rire, réfléchir et ressentir de profondes émotions. C’est un univers théâtral unique qui mêle la bouffonnerie et l’humeur noire, le rire et les pleurs.

Aida Copra


© Neal Mc Ennis

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