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Festival d’Avignon

Dernière mise à jour : 8 juil. 2023

… quelques mots sur le Festival d’Avignon
tirés de différentes sources

« Le ciel, la nuit, le texte, le peuple, la fête », voici les cinq mots avec lesquels Jean Vilar décrit le Festival d’Avignon.

En 1947, Jean Vilar fonde le Festival d’Avignon : « Le témoin de quelques questions essentielles du temps : fer de lance de l’idée du théâtre populaire, moteur de la décentralisation, laboratoire des politiques culturelles, espace d’invention d’un public, scène miroir du monde et de ses crises, le Festival est une manifestation éminemment contemporaine dans ses implications politiques aussi bien qu’esthétiques » (Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, Histoire du Festival d’Avignon).

Ces mots évoquent la présence d’un théâtre qui aspire à réunir et rassembler, mais aussi la notion d’un « acteur populaire ». Selon Vilar, « l’acteur fait partie d’un collectif » qui participe à la création d’une « œuvre collective de et pour notre temps » (Nancy Delhalle, « Du théâtre du peuple au théâtre populaire »). Il doit être placé dans l’optique d’un « corps collectif » et demeurer fidèle à l’esprit des origines, à celui des tréteaux que Vilar actualise en créant le Festival d’Avignon.

Depuis le début, l’objectif du Festival est de créer un espace où les barrières sociales sont effacées, où les distinctions entre les acteurs et le public s’estompent. Vilar disait « que ce qui était le plus réussi à Avignon c’était le public ». Le Festival devient une véritable communion collective, où l'acteur trouve sa place dans un corps uni, au service d'une expérience théâtrale nourrie par le dialogue direct avec le public.

« Ce qu’Avignon a donné à Vilar », écrivait Roland Barthes en 1954, « ce n’est pas un lieu privilégié, un site prestigieux, suant de spiritualité. Heureusement, non : c’est un lieu simple, froid, naturel, disponible au point que l’homme pouvait enfin y installer le travail de l’homme, et le surgissement du spectacle hors d’une matière sans voix et sans complicité. […] Avignon a été la voie naturelle du théâtre populaire, parce que Avignon est un lieu sans mensonge où tout est remis entre les mains de l’homme. Il n’est que de passer la tête, un jour d’hiver, par la grosse porte de bois qui ferme la cour du festival, pour saisir qu’au théâtre aussi les hommes sont seuls et qu’ils peuvent tout ».

En 1951, en suivant la même idée, Vilar dirige le Théâtre national populaire (TNP).
Le palais des Papes
L’histoire débute donc en 1947 lors de la Semaine d’art qui réunit des gens dans la Cour d’honneur du palais des Papes du 4 au 10 septembre, et qui par la suite devient le lieu pour « donner des spectacles capables de se mesurer, sans trop déchoir, à ces pierres et à leur histoire » (Jean Vilar). « Le résultat, le voici », disait Morvan Lebesque dans Carrefour en 1951, « les acteurs semblent jaillir des pierres, comme des êtres de rêve, et prendre possession d’un carré magique protégé par les murs ; […] la grandeur du spectacle sourd littéralement du sol et s’élève, haute et pure, vers le ciel. Enfermé dans la nuit de velours, le palais des Papes devient un lieu idéal, un domaine de théâtre où, peu à peu, tous les éléments se confondent, où la musique devient temps et action, où les costumes sont gestes, voix et lumières ».

Trois clefs
Le Festival 1954 marque une nouvelle étape. « Celle-ci s’affiche symboliquement sur le murs de la ville à travers les fameuses trois clés dessinées par Marcel Jacno […] qui deviennent l’emblème tricolore du Festival ».

Le symbolisme évident des trois clés – elles sont le symbole de la ville, pour Vilar renvoie « aux trois syllabes A-vi-gnon, qui depuis le temps des culottes courtes usées sur les bancs du collège de Sète, résonnent comme l’appel des contes familiers, avec des vibrations claires. Instrument à trois notes, riche pourtant des trésors des plus belles sonates. C’est cet imaginaire musical très vilarien qui sera le symbole du Festival jusqu’en 1979 » (Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, Histoire du Festival d’Avignon).

Les trois clés de la Cité « demeureront [sur l’affiche du Festival] jusqu’en 1979, tel un label de légitimité marquant la continuité de la direction de Paul Puaux avec celle de Jean Vilar » (Emmanuel Wallon, « Avignon, la ville dont le nom confond le théâtre et l’agora »). À partir de 1980, le visuel du Festival change chaque année. Ce choix est initié par Bernard Faivre d'Arcier, nommé nouveau directeur du Festival.

La naissance du Festival Off
À la fin des années 1960, la notion de théâtre populaire de service public est mise en question. Trois événements en particulier contribuent à accentuer sa crise. En premier lieu, c’est l’occupation de l’Odéon dirigé par Jean-Louis Barrault : le 15 mai 1968, le théâtre est envahi par les étudiants qui le transforment en forum de débats. La même année, une quarantaine de directeurs d’institutions culturelles s’unissent à Villeurbanne pour critiquer la décentralisation subventionnée par l’État jugée comme bourgeoise et élitiste. En 1968, le Festival d'Avignon est également bousculé à cause des incidents provoqués par le Living Theater : « le jeu des corps et des voix prend toute la place ».

L’un des objectifs principaux du Festival d’Avignon est de construire « une communauté éphémère » à travers différents modes d’interaction, mais en prenant en compte le contexte historique de son évolution, il implique la dimension plus évidente du Politique. L’inventeur du Off est le Marseillais André Benedetto qui crée, en 1961, la Nouvelle Compagnie d’Avignon, afin de contester l’exclusivité du Festival de Vilar. Ce sont surtout les perturbations de l’année 1968 (l’interdiction de la représentation de la pièce La Paillasse aux seins nus de Gérard Gelas avec la troupe du Chêne Noir qui ne fait pas partie officiellement du Festival) qui inaugurent la naissance du Off. De plus en plus, le Festival se montre comme un lieu de débats sur les politiques culturelles. Jean-Pierre Léonardini écrit dans le premier numéro de Théâtre/Public (septembre-octobre 1974) : « Le Festival d’Avignon, plus forum tentaculaire que jamais, ne pouvait pas, ne fût-ce qu’en creux, ne pas être l’écho d’une politique. Le théâtre, après tout, participe du système nerveux idéologique d’un pays. Avignon est donc, d’année en année, un lieu d’affrontements ouverts sur les enjeux politiques de la culture. Cela seul permettrait de reconnaître son importance ».

Les affiches sur les murs, les tracts distribués, les parades de la place de l’Horloge, un nombre extrêmement élevé de spectacles dans le cadre du Off, commencent à définir une nouvelle image du Festival. « Hors Festival » envahit la ville et incarne « l’esprit d’un temps, libertaire, fier de sa marginalité, avide de découvertes, désordonné, voire débraillé, mais inventif » (Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, Histoire du Festival d’Avignon).

La mort de Vilar
Vilar réforme son festival, embrassant un renouveau vibrant en accord avec son époque. Il ouvre les portes aux mouvements underground, aux revendications de la contre-culture, ainsi qu'aux expérimentations théâtrales collectives et politiques. Cependant, deux mois à peine après les événements de Mai 68, Vilar fait l'amère expérience d'une contestation paradoxale de la jeunesse. Les affiches hostiles à Vilar se sont multipliées, les slogans adverses se sont propagés. Le Festival est devenu un meeting permanent.

Le Festival d'Avignon traverse cette période tumultueuse, conservant son esprit de découverte et son engagement artistique. Mais, le 28 mai 1971, Jean Vilar meurt d'une crise cardiaque en pleine préparation du 25ᵉ Festival. « Vilar meurt seul, à cinquante-neuf ans, sans savoir que sa plus puissante création, le Festival d’Avignon, survivra à la disparition de son fondateur. Ce qui l’eût réjoui » (Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, Histoire du Festival d’Avignon).

Et aujourd’hui…
Olivier Py dans la Préface du livre d’Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, affirme : « les années sont passées et la fidélité à ces cinq mots de Vilar s’est traduite dans des langues différentes. Le monde a changé, mais pas le besoin d’intelligence, le monde est devenu complexe mais l’émotion artistique est restée un mystère. L’engagement est peut-être aujourd’hui plus dangereux et plus difficile en dépit des révolutions induites pas les technologies de la communication, le monde est plus proche de chacun, pourtant les nuits d’Avignon restent une expérience sans égale ».
Le Festival d’Avignon, dans son éternel recommencement, dans son mouvement continu, me fait penser aux mots avec lesquels un poète décrit ma ville natale. En s’inspirant de sa poésie, on pourrait dire : « Quand tu es à Avignon, tu dépenses beaucoup de temps. Ici et là – le matin passe. Dans va-et-vient – la journée s’en va. Et c’est vrai, tout ça arrive autour des gens. Et en général, c’est une belle histoire. La vie est trop courte pour le Festival d’Avignon ».

Si vous voulez en savoir plus… :

Avignon 50 festivals, Actes Sud, Arles, 1996 et 1997.
Bernard Weisz, Avignon festival de la mémoire : Vilar, leur vie, leur ville, Maison Jean Vilar , 1996.
Emmanuelle Loyer, Antoine de Baecque, Histoire du Festival d’Avignon, Gallimard, Paris, 2016.
Emmanuel Wallon, « Avignon, la ville dont le nom confond le théâtre et l’agora », L'Observatoire, vol. 48, no. 2, 2016.
Paul Puaux, Avignon en festivals ou les Utopies nécessaires, Editions Hachette, 1983.
Violaine Vielmas, Jean Vilar, une biographie épistolaire, Actes Sud, Arles, 2023.
Toutes les photos sont tirées du livre Histoire du Festival d’Avignon, Gallimard, Paris, 2016.

Aida Copra





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