The Boy and the Light : à la recherche de la lumière
Une guinde, trois lettres, la lumière, un acteur magnifique et une histoire racontée avec beaucoup de finesse, à la fois mystérieuse et profondément réelle : voilà un spectacle qui nous fait rêver et nous réveille en même temps.
Le 23 octobre
Théâtre la Flèche
The Boy and the Light
compagnie : Hibiscus
texte, jeu & mise en scène : Gabriel Draper
collaboration artistique : Eric Ruf, Françoise Gillard, Wayne Jordan, Mikel Murfi
scénographie et visuel : Anaïs Levieil
lumières : Guillaume Lenoble
son / musique : Samuel Robineau
Une corde se trouve devant l’entrée de la salle. On pense d’abord qu’elle fait partie du décor de ce magnifique petit théâtre, caché dans la cour d’un ensemble d’immeubles d’habitation, eux aussi assez particuliers, dans le 11e arrondissement de Paris : le Théâtre la Flèche. En attendant d’entrer dans la salle, on n’imagine pas encore que cette corde, qu’il faudrait plutôt appeler une guinde (puisque le mot « corde » porte malheur au théâtre), fait partie de la scénographie d’un spectacle qui, par sa simplicité et en même temps sa profondeur, nous rappellera que, pour réussir une pièce, il suffit parfois d’un acteur, de quelques accessoires de scène, de mots et de chansons...
Pendant que le public entre dans la salle, Gabriel Draper, qui incarne le protagoniste de la pièce, tire lentement la guinde, comme pour accompagner le mouvement des spectateurs et les inviter à le suivre. Ce faisant, il dessine sur le sol des lignes et des frontières pour créer un espace dans lequel il va raconter une histoire personnelle et touchante. C’est l’histoire de The Boy and the Light.
Seul en scène, Gabriel Draper fait vivre ce récit avec une grande sensibilité, passant du chant à la parole, de la légèreté à l’émotion, sans jamais rompre la proximité qu’il établit avec le public. Il commence par une chanson de son cousin, Run Away from Here, disparu dans les montagnes d’Irlande alors qu’il était parti à la recherche de « la lumière ». Derrière lui, il a laissé des lettres et des chansons, à travers lesquelles le protagoniste tente de comprendre les raisons de sa disparition. Trois lettres sont suspendues dans les airs. Il les saisit l’une après l’autre et nous en dévoile progressivement le contenu.
Un soir, son cousin Fionn a aperçu une lumière derrière les montagnes et a décidé de partir à sa recherche. On ne peut s’empêcher de penser au début de la Divine Comédie de Dante, lorsque, après une nuit d’angoisse dans la forêt obscure, le poète aperçoit une colline illuminée par les rayons du soleil levant. Mais cette lumière, symbole d'espoir et de salut, lui reste inaccessible : pour retrouver le droit chemin, Dante devra d'abord traverser les ténèbres de l'Enfer. Dans The Boy and the Light, la lumière semble elle aussi porter une promesse, mais le chemin qui mène vers elle reste mystérieux, tout comme ce qu’elle représente véritablement.
Fionn passe huit ans dans les montagnes à la recherche de cette lumière qui, au fil du spectacle, apparaît à différents moments pour évoquer son rapport avec elle, son chemin vers elle et, finalement, sa disparition, lorsqu’elle revient vers lui… La lumière devient ainsi un véritable élément de la dramaturgie, donnant une présence scénique à ce qui demeure insaisissable dans le récit.
En essayant de comprendre pourquoi son cousin a disparu ⎼ et c’est là que les chansons de Fionn, très belles compositions écrites en anglais, jouent un rôle essentiel ⎼, le protagoniste se retrouve confronté à la réalité de l’histoire qu’il nous raconte. Le spectacle est d’ailleurs partiellement joué en anglais, comme pour préserver l’authenticité de certains moments de leur passé. Tout est inventé. Fionn s’est suicidé. L’histoire de la recherche de la lumière devient alors sa propre histoire, sa propre quête pour parvenir à accepter une réalité à laquelle on voudrait parfois échapper.
C’est un récit à double nature : la recherche de la lumière devient celle de la vérité, qu’il faut regarder en face une fois arrivé au sommet, au moment d’oser enfin regarder en bas. Car c’est la Gravity, la gravité ⎼ titre de l’une des chansons de Fionn ⎼, qui nous ramène inévitablement vers le bas, comme si « le monde nous aspirait »...
Une guinde, trois lettres, la lumière, un acteur magnifique et une histoire racontée avec beaucoup de finesse, à la fois mystérieuse et profondément réelle : voilà un spectacle qui nous fait rêver et nous réveille en même temps.
Aida Copra





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